Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

Sagesse et Philosophie d'Orient et d'Occident

Citations d'éthiques, métaphysiques et mystiques religieuses ou séculières

Présentation


Ce blog est dédié aux éthiques, mystiques et métaphysiques d'Orient et d'Occident.

A chacun d'y puiser ce qui lui parle, d'interpréter selon ses croyances, sa sensibilité propre.

J'aurai pour principe de ne jamais commenter ces écrits. Je jouerai parfois sur les confrontations, les oppositions, les relations qu'entretiennent entre elles certaines pensées, mais je ne commenterai pas.
Ce sont des textes à lire brut.

S'il m'arrive d'écrire, je vous proposerai ces textes dans la rubrique "quelques mots", à part.

Vous remerciant de vos visites, je vous souhaite d'agréables lectures.

E. M.


Mon parcours :

Après avoir rencontré de nombreux maîtres du bouddhisme tibétain, du shivaïsme, du zen, et certains pratiquants, prêtres, pères et pasteurs des chrétientés, je me suis tourné vers la recherche universitaire dont le cadre me permet d'étudier les religions et spiritualités sans avoir à adhérer à un dogme.
Je prépare actuellement une thèse sur le devenir du bouddhisme en Occident, à l'Université Paris-Sorbonne. J'enseigne également l'histoire des religions, selon des perspectives sociologiques et anthropologiques, à l'Association Philotechnique, et la Sociologie de la Culture dans le cadre des Formations Continues de l'Université Paris-IV.

Contact : evanmirzayantz@hotmail.com

-

Rechercher

Août

DiLuMaMeJeVeSa
     12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31      

Libstat


mesure audience

Compteur

Depuis le 10-12-2006 :
77429 visiteurs
Depuis le début du mois :
4234 visiteurs
Billets :
167 billets

  • RSS
  • RSS
  • Podcast
  • atom 03

L'universel - Quelques bribes | 02 juillet 2008



La vie l'emplissait à ce point qu'il semblait avoir perdu la raison. Le vieil homme sec, à la peau tannée, aimait à s'isoler des citoyens et demeurer là, au pied d'un arbre, des jours durant. Le vieux était comme cela, sociable, presque envahissant à ses heures, puis soudain, absent ou absorbé. Nombre d'entre-nous vivaient loin de lui. Son attitude et ses mots dérangeaient une part inconnue en nous, remuaient les eaux sombres du fond et soulevaient des choses que nous ne comprenions pas. Ses mots ne trouvaient jamais leur sens dans le jour ; ils résonnaient longtemps en nous, parfois des années, se mêlant d'images que nous ne percevions jamais tout à fait, ou seulement par éclairs.

Pour quelques-uns d'entre-nous, la présence du vieil homme apportait un relief auquel nous nous étions attachés, et nous venions régulièrement nous entretenir avec lui. Il serait difficile de retranscrire son enseignement, même par bribes, tant cela n'aurait de sens pour ceux d'entre-vous qui ne l'ont pas connu. Je me souviens par exemple de ces phrases étranges, qui résonnent encore en moi, mais que je n'ai jamais vraiment bien saisies. Il s'était penché sur le sable pour tracer un signe inconnu, et il avait levé les yeux - un regard étrange, comme le mélange de la plus grande douceur des bonnes mères, et du courroux divin -, et sans animosité, en me baignant dans son regard immense, il avait dit ceci :

"Que tu sois mûr pour le voir ou non, ce qui te sembles être propre à toi, et tout ce que tu accomplis par ton travail et tes efforts, c'est cela que tu n'es pas. Ce qu'il y a en toi de singulier, ce que tous confondent avec toi, ce n'est que l'écorce du fruit. Le noyau que tu rejettes est le coeur et la vie de tout ce qui est né. Tu n'es pas cela non plus, mais tu n'es pas différent de Lui."

Il me semblait qu'il parlait de l'universel, et je l'avais interrogé. C'est, je crois, cette réponse qui vibre toujours en moi, sans avoir encore trouvé son sens :

Il me dit ceci : "Si tu veux connaître l'universel, écoute et retiens : Celui qui voit l'universel dans un homme, n'a pas vu l'universel. Celui qui voit l'universel en dehors de l'homme, n'a pas vu l'universel. Celui qui voit l'universel en lui, n'a pas vu l'universel. Celui qui voit l'universel en tout homme, et tout homme en l'universel, n'a pas vu l'universel, mais l'universel s'est reconnu en lui."

Comme je ne comprenais pas, il sourit et ajouta : "L'homme n'est ni la peau du fruit, ni la chair du fruit, ni le noyau du fruit, mais l'homme qui connait, celui-là les voit tous les trois en lui et sait qu'il n'est pas différent d'eux."

Ne saisissant pas, je scrutais ses traits pour y puiser le sens, alors il me dit : "Qu'importe que tu comprennes ou non, tu es déjà tout cela." Et il ferma les yeux.

Un matin je vins le rejoindre, chargé d'eau. Là encore, il m'accueillit en souriant, et alors qu'il mangeait un fruit que je lui avais apporté, il m'annonça qu'il sentait que la mort l'éteindrait dans la semaine, comme s'il eut parlé d'une simple lampe manquant d'huile, et devant mon air effrayé, il se redressa et du ton le plus dur me dit : "Si tu crois voir le maître en moi, alors tu n'as rien entendu. Et ceux qui n'entendent pas, qu'ont-ils besoin d'un maître ?". Mon coeur se serra, et aussitôt, avec douceur, il me dit : "Tu sauras que le maître est en chaque homme, et que l'on trouve les enseignements dans chaque parole. Il n'est pas un mot, pour celui qui sait entendre, qui ne soit prononcé par le maître lui-même. Il n'est pas une forme, qui ne te réponde. Quand tu as besoin de me parler, écoute moi en chaque chose. L'enseignement n'est dans aucun livre, et aucun homme n'est devenu maître. Le maître est celui qui sait qu'il n'y eut jamais d'homme, mais qui éprouve pour ceux qui se croient homme, le plus grand amour, et la plus grande compassion. Celui-là apparaît régulièrement en chacun d'entre-nous, et ne doute pas que le jour où tu auras quelque chose à entendre, il sera là près de toi à te souffler à l'oreille qu'il ne t'a jamais quitté. S'il te plait, si tu veux entendre la dernière volonté d'un vieil homme à l'heure du couché, retiens qu'il est toujours parmi nous, et apprend à le reconnaître. Sache qu'un unique visage habite toutes les formes.".

Et se furent les dernières paroles que le vieux m'offrit. Aujourd'hui encore, bien de ces bribes de phrases énigmatiques remontent en moi et viennent donner au paysage davantage de lumière, à mes amis, davantage de clarté, et s'il m'est possible de vous l'avouer, je sens parfois que mon vieil ami vient visiter bien des hommes que je croise, bien qu'il n'aimerait pas, j'en suis sûr, que je le reconnaisse, lui en eux.

D'ailleurs, dans le village, n'avez-vous jamais entendu quelques mots qu'il ait dit ? Certains sont déjà là comme des proverbes, et quelques-uns racontent qu'on en écrivit dans toutes les langues de tous les pays.

Cependant, aujourd'hui - peut-être parce que je me fais moi-même vieux - ce ne sont plus ses mots qui me retiennent, mais c'est, je crois, son amitié qui me porte. La clarté de tous ces jours où j'ai fait le chemin jusqu'au pied de son arbre, est restée gravée en moi, c'est je le crois bien, une source grandissante, et si mes yeux abîmés voient encore, je suis sûr que c'est grâce à la lumière et à la fraîcheur de ces matins là.

(E. M., Paris, 02.07.08)


Publié par Evan Mirzayantz à 16:40:20 dans Quelques mots | Commentaires (0) |

Automne sur le désert | 26 août 2007


La fôret s'étendait vers le désert jusqu'à le pénétrer d'une longue flêche rousse. A la pointe, le dernier arbre était sec, il plongeait pourtant loin ses racines dans la terre sablonneuse.

C'est au pied de cet arbre qu'un vieil homme chantait inlassablement aux caravanes de marchants, quelques mots disgracieux qui agaçaient les chameliers.

"Tu ne peux te voir : tu n'es pas un reflet !
Tu ne peux rien penser de toi : tu n'es pas une phrase !"

Le vieux ne croyait ni aux mots ni aux images, on lui reprocha naturellement de le chanter en mots et en images. Alors, personne ne fit chemin jusqu'au lieu où ses paroles prenaient sens. Ceux qui s'étaient attachés à sa présence gardèrent les images et crurent avoir vu. Quelques-uns de ceux-là se souvinrent des mots et crurent avoir compris. Tous pensaient avoir connu un enseignant.

Il mourut et ses derniers mots furent : "Il n'y eut jamais d'homme au pied de mon arbre ; il n'y eut jamais d'enseignement dans mes chants".

(Automne sur le désert, E.M. 24.08.07)

Publié par Evan Mirzayantz à 00:33:49 dans Quelques mots | Commentaires (1) |

Méditer | 12 août 2007

 

Demeurer en soi.

Ne rien corriger.

Ne pas dévier ce qui se présente.

Ne pas troubler l'eau, pour que le fond apparaisse.

Et s'il apparaît. Essayer de Voir.

Puis conserver ce Voir sans rien faire, sans rien corriger, sans aucune raison.

Publié par Evan Mirzayantz à 01:01:14 dans Quelques mots | Commentaires (1) |

1|