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Publié par Evan Mirzayantz à 18:51:23 dans Poètes et peintres d'Occident | Commentaires (0) | Permaliens
"On se souvient de la déclaration de Rimbaud écrivant à son professeur Georges Izambard, en mai 1871 : "C'est faux de dire : Je pense : on devrait dire on me pense. - Pardon pour le jeu de mots. Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon...". Deux jours plus tard, dans une nouvelle lettre, Rimbaud revient sur sa découverte : "Car Je est un autre. Si le cuivre s'éveille Clairon, il n'y a rien de sa faute. Cela m'est évident : j'assiste à l'éclosion de ma pensée : je la regarde, je l'écoute : je lance un coup d'archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d'un bond sur la scène.".
Fabrice Midal, Introduction au Tantra Bouddhique, Le Seuil, Paris, 2008.
Publié par Evan Mirzayantz à 17:36:09 dans Poètes et peintres d'Occident | Commentaires (3) | Permaliens
"L'on me reprocha également l'équivoque de mes tableaux. Quel
aveu n'est-ce pas de la part de ceux qui s'en plaignent: ils avouent ingénument
leur hésitation quand, livrés à eux-mêmes, ils n'ont pas pour les
rassurer les garanties de quelque vague expert, la consécration du
temps ou un mot d'ordre quelconque.
L'on me reprocha la rareté de mes préoccupations.
Singulier reproche de la part de gens pour qui la rareté est signe de
grande valeur.
L'on me reprocha encore beaucoup de choses et enfin de
montrer dans les tableaux des objets situés là où nous ne les
rencontrons jamais. Cependant, il s'agit là de la réalisation d'un désir
réel, sinon conscient, pour la plupart des hommes. En effet, déjà, le
peintre banal essaye dans les limites qu'on lui a fixées de déranger
un peu l'ordre dans lequel il voit toujours les objets. Il se permettra
de timides audaces, de vagues allusions. Etant donnée ma volonté de
faire si possible hurler les objets les plus familiers, l'ordre dans
lequel l'on place généralement les objets devait être évidemment
bouleversé; les lézardes que nous voyons dans nos maisons et sur nos
visages, je les trouvais plus éloquentes dans le ciel; les pieds de
table en bois tourné perdaient l'innocente existence qu'on leur prête
s'ils apparaissaient dominant soudain une forêt; un corps de femme
flottant au-dessus d'une ville remplaçait avantageusement les anges qui
ne m'apparurent jamais; je trouvais très utile de voir les dessous de
la Vierge Marie et je la montrai sous ce jour nouveau; les grelots de
fer pendus aux cous de nos admirables chevaux, je préférais croire
qu'ils poussaient comme des plantes dangereuses au bord des
gouffres...
(...) Quant au mystère, à l'énigme que mes tableaux étaient,
je dirai que c'était la meilleure preuve de ma rupture avec l'ensemble
des absurdes habitudes mentales qui tiennent généralement lieu d'un
authentique sentiment de l'existence."
(René Magritte, source : www.crocodilus.org/
Publié par Evan Mirzayantz à 16:29:13 dans Poètes et peintres d'Occident | Commentaires (0) | Permaliens
Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
(L'Albatros, Charles Baudelaire, extrait de Les Fleurs du Mal, 1859)
Publié par Evan Mirzayantz à 14:00:58 dans Poètes et peintres d'Occident | Commentaires (0) | Permaliens
"Behsaïda, la piscine des cinq galeries (...).
C'est là que Jésus fit la première action grave ; avec les infâmes infirmes. Il y avait un jour, de février, mars ou avril, où le soleil de deux heures après midi, laissait s'étaler une grande faux de lumière sur l'eau ensevelie, et comme, là-bas, loin derrière les infirmes, j'aurais pu voir tout ce que ce rayon seul éveillait de bourgeons et de cristaux et de vers, dans le reflet, pareil à un ange blanc couché de côté, tous les reflets infiniment pâles remuaient.
Alors tous les péchés, fils légers et tenaces du démon, qui pour les coeurs un peu sensibles, rendaient ces hommes plus effrayants que les monstres, voulaient se jeter à cette eau. Les infirmes descendaient, ne raillant plus ; mais avec envie. (...)
Jésus entra aussitôt après l'heure de midi. Personne ne lavait ni ne descendait de bêtes. La lumière dans la piscine était jaune comme les dernières feuilles des vignes. Le divin maître se tenait contre une colonne : il regardait les fils du Péché ; le démon tirait sa langue en leur langue ; et riait."
(Extrait de la Suite Evangélique, Rimbaud, Oeuvres complètes, le Livre de Poche)
Publié par Evan Mirzayantz à 10:07:13 dans Poètes et peintres d'Occident | Commentaires (0) | Permaliens
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