Depuis le 10-12-2006 :
77429 visiteurs
Depuis le début du mois :
4234 visiteurs
Billets :
167 billets
Publié par Evan Mirzayantz à 15:33:21 dans Bouddhisme Mahayana | Commentaires (0) | Permaliens
LA PARAMITA DE LA GENEROSITE
"En tibétain, générosité se dit jinpa et signifie "don", "ouverture", "abandon". Dans la notion de générosité, il y a donc l'idée de ne rien garder pour soi mais de donner constamment. La générosité est une ouverture qui existe d'elle-même, une ouverture complète. On cesse d'être l'esclave de ses propres combines et projets. Et la meilleure façon de s'ouvrir est d'établir une relation d'amitité avec soi-même et les autres.
Il existe trois types de générosité. Le premier est la générosité ordinaire : donner des biens matériels ou mettre les autres à l'aise. Le deuxième est la protection contre la peur. On rassure les autres et on leur apprend à ne pas se sentir complètement tourmentés par leur vie et à ne pas paniquer. On les aide à découvrir la bonté fondamentale et la pratique spirituelle et on leur montre qu'ils possèdent les moyens d'être leur propre soutien. C'est donc le don du courage. Le troisième type de générosité est le don du dharma. On montre aux autres qu'il existe une voie faite de discipline, de méditation et d'intellect ou connaissance. Grâce à ces trois types de générosité, on peut ouvrir l'esprit des autres (...).
C'est cela le principe essentiel du mahayana : aider les autres à voir plus grand, à élargir le cadre de leur pensée. On peut se permettre de s'ouvrir et de rejoindre les autres avec une générosité, une bonté et une richesse immenses. Plus on donne et plus on gagne, même si ce qu'on gagne ne doit pas être la raison du don. En fait, plus on donne et plus on a envie de donner constamment. Et le gain se produit toujours, de façon automatique.
Le contraire de la générosité est l'avarice, le refus de donner - une attitude de misère, dans le fond."
LA COMPASSION
"La compassion se fonde sur la sensation d'avoir un "point sensible". C'est comme si on avait un bouton sur le corps qui fait très mal, tellement mal qu'on ne veut même pas le frotter ou le gratter. Quand on prend une douche, on n'ose pas passer la savonette dessus, tellement il fait mal. (...)
Ce point sensible sur notre corps est une métaphore de la compassion. Pourquoi ? Eh bien, parce que même au milieu de l'agressivité immense, de l'énorme paresse et de la grande insensibilité qui règnent dans notre vie, nous avons toujours un point vulnérable, et ce point, nous pouvons le cultiver, ou du moins, éviter de le meutrir encore plus. (...) Que nous soyons fous, bêtes, agressifs ou égocentriques, quelle que soit notre personnalité, ce point sensible est toujours en nous. (...) Nous ne sommes pas cuirassés tout le temps. Nous avons un point sensible quelque part, une plaie ouverte quelque part. Quel soulagement !
A cause de ce point sensible-là, même si nous sommes un monstre cosmique - Mussolini, Mao Zedong, Hitler -, nous pouvons quand même tomber amoureux de quelqu'un. Nous pouvons quand même être sensibles à la beauté, à l'art, à la poésie, à la musique. Il se peut que le reste de notre être soit recouvert d'un bouclier en fonte, mais il existe toujours un quelconque point sensible en nous, ce qui est merveilleux. Ce point sensible est la compassion embryonnaire, la compassion en puissance. (...) Cette santé d'esprit peut être très primitive. Notre point sensible peut n'être rien de plus que l'amour des tortillas ou des currys. Mais c'est déjà suffisant. L'ouverture est là. Peu importe l'objet de notre amour, pourvu qu'il y ait un point sensible, une plaie ouverte. C'est très bien. C'est par là que peuvent entrer tous les microbes et nous imprégner petit à petit, prendre possession de nous et influer sur tout le système. Et d'après ce qu'on dit, c'est précisément comme ça que naît l'attitude de compassion."
(Chögyam Trungpa, in L'entraînement de l'Esprit , Le Seuil, point sagesse, Paris, 1998 (1993 pour l'édition originale))
Publié par Evan Mirzayantz à 11:00:09 dans Bouddhisme Mahayana | Commentaires (0) | Permaliens
"Sans rien lui ajouter,
Ni rien lui enlever,
Contemple l'authentique de manière authentique
Et la vision de l'authentique te libérera."
(Extrait du Soutra de l'Essence du Ciel, cité par Kalou Rimpoché dans La Voie du Bouddha, Le Seuil, Point Sagesse)
Publié par Evan Mirzayantz à 23:57:29 dans Bouddhisme Mahayana | Commentaires (0) | Permaliens
(Nagarjuna (IIème-IIIème siècle de notre ère) composa une oeuvre monumentale de philosophie critique. Il invite tous les pratiquants à dépasser les visions conceptuelles liimitées afin de reposer leur esprit sur une voie exempte de toute logique et de toute conceptualisation limitantes ; son oeuvre, une philosophie critique d'une grande finesse, invite à quitter les sphères de la théorie afin de rentrer dans une véritable pratique de la méditation, et d'y développer une sapience qui soit libre de tout concept et de toute discursivité).
EXAMEN CRITIQUE DE L'IDEE D'ETRE EN-SOI
"Qu'un être en soi vienne à l'existence en raison de causes et conditions est contradictoire. Un être en soi engendré par des causes et conditions serait, en réalité, un être fabriqué.
Et puis comment fabriquer un être en-soi ? Car un être en-soi est non construit et ne dépend pas d'autre que soi.
En l'absence d'être en soi, comment y aura-t-il être différent ? Car ce qu'on appelle être différent n'est que l'être en-soi d'un autre être.
En outre, hormis "être en soi" et "être différent", comment y aura-t-il être tout court ? Car c'est seulement s'il y a "être en soi" ou "être différent" qu'un être est possible.
[Par ailleurs] Si l'être n'est pas fondé, le non-être non plus. Car ce que les gens appellent non-être n'est rien que le changement d'état d'un être.
[En conclusion] Ceux qui croient voir "être en soi" / "être différent", "être" / "non être", ceux-là ne voient pas la vraie nature des choses, enseignées par les Buddha.
(...)
Si un être existait par sa nature même, il n'y aurait pour lui aucune possibilité d'inexistence. Car une "nature" est ce qui n'admet, en aucun cas, de changement d'état.
[on objectera :] S'il n'y a pas une nature première, quel sera le sujet du changement d'état ? [je réplique :] S'il existe une nature première, comment pourra-t-elle être sujette à un changement d'état ?
[en conclusion :] Dire "il y a" c'est prendre les choses comme éternelles, dire "il n'y a pas" c'est ne voir que leur anéantissement. C'est pourquoi l'homme clairvoyant ne s'attachera ni à l'idée d'être ni à l'idée de non-être.
D'une chose qui existe en soi, impossible de dire qu'elle n'existe pas. Il en résulte la thèse éternaliste [pour laquelle l'âme est éternelle]. Si l'on dit : elle n'existe pas à présent, elle existait auparavant, il en résulte la thèse de l'annihilation [pour laquelle l'âme disparaît totalement aprés la mort]."
(Nâgârjuna, Stances du Milieu par Excellence, traduit de l'original sanskrit, présenté, annoté, commenté par Guy Bugault, Editions Gallimard 2002)
Publié par Evan Mirzayantz à 12:49:53 dans Bouddhisme Mahayana | Commentaires (0) | Permaliens
1|